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Propos recueilli le 11 juin 2005 lors d’une interview de Richard Maubert par Dominique Laurent sur RADIO ENGHEIN.

 

Richard Maubert en Studio - RADIO ENGHIEN: Nous venons d’écouter “ Surfing with Cathy ” extrait de ton album COOLTITUDE. J’aimerais que tu nous dises qu’est-ce qui t’a amené à composer ce genre de musique ? D’où te vient ton inspiration ?

- Richard MAUBERT: J’ai un passé plutôt Rock psychédélique, Rock planant, disons que j’ai laissé tomber le Rock et j’ai gardé le planant... Oui en fait c’est çà. J’ai toujours rêvé de faire un album instrumental, en explorant de nouveaux espaces sonores. Chaque morceau dans l’album est une aventure et possède une ambiance particulière.

- RADIO ENGHIEN: Je trouve que ton album est très mystérieux, alors parle nous de tes influences musicales, qu’est-ce que tu écoutais à l’âge de 15 ans ?

- Richard MAUBERT: J’avais peu de disques dans ma chambre, juste quelques 45 trs pops et un 33 trs de blues sur lesquels j’ai appris à jouer de la guitare. J’ai eu la chance d’habiter tout près de la M J C. Des lycéens au look hippie apportaient plein de disques le week-end et là, j’ai découvert la musique des grands frères; Pink Floyd, Jimi Hendrix, Gong, Mike Oldfield, Tangerine Dream et plein d’autres groupes des années 70. C’était un point de rencontre stimulant, nous dégustions de bons disques sur une super chaîne hi fi. Cette période musicalement m’a fortement marqué, mes influences musicales c’est vraiment les années 70, c’est ce qui m’a donné envie de devenir musicien.

- R.E: Quel genre de concert allais-tu voir ?

- R.M: Mes deux grandes révélations planantes furent un concert de Gong dans le théâtre attenant à la M J C, un grand événement pour une petite ville comme Villepreux et Tangerine Dream à la fête de l’Huma... vraiment cosmique. J’ai vue Enno et Fripp à l’Olympia à la même époque, c’était très expérimental et d’un genre nouveau. Les gens n’ont pas compris, il n’y a pas eu un seul applaudissement. Enno enregistrait en boucle la guitare de Robert Fripp bien avant le sampler, il avait juste deux Revox et quelques effets électroniques. J’ai adoré ce concert, j’aime bien les bidouilleurs de sons, les tailleurs d’ambiance comme moi, (rires)...

[ écoute de “ Urban Ride” ]

- R.E: Effectivement dans ton album il y a des climats pas possibles. Parle-nous de ta première expérience musicale de ton premier groupe.

- R.M: J’ai monté mon premier groupe avec trois copains passionnés comme moi. Je devais avoir 17 ans, on s’appelait “ Warlus ” parce que j’adorais la chanson de John Lennon, “ I am the Walrus ”. On jouait du rock psychédélique aux influences Pink Floyd, Hendrix, Beatles. Syd Barret et John Lennon me fascinaient, ça a été le moteur, J’ai commencé à composer des chansons en écoutant leurs disques.
Je chantais en anglais. J’avais une pédale wha wha fuzz et je faisais des longs solos au milieu des chansons. Je rêvais d’être Hendrix pour la guitare et Lennon pour la voix. On a fait quelques concerts dans les M J C des Yvelines, puis le groupe a splité. Deux ans plus tard, J’ai eu l’opportunité d’enregistrer mon premier disque “ Warlus Songs ” au théâtre du Val de Gally à Villepreux. Je l’ai fais avec mon pote Pascal Ducourtioux qui touchait à tout; batterie, piano, guitare, percus, flûte, nous avons tout joué à deux. Pour ma part, je chantais, je jouais les guitares et aussi la basse. Nous avons enregistré les instruments deux par deux. C’était épique, car nous n’étions pas dans un vrai studio mais sur la scène d’un grand théâtre avec les light allumés en permanence. Pour l’ambiance, c’était magique ! Pierrot le régisseur était situé à 30 mètres au dessus de nous. On a tout fait en re-recording sur deux Revox. C’était notre premier enregistrement. Nous avons enregistré 10 morceaux en deux nuits pendant que le directeur du théâtre était parti en week-end au ski (rire)... Un super souvenir. J’ai fais presser l’album à 200 exemplaires.

- R.E: Crois-tu à l’autoproduction ?

- R.M: Absolument, surtout quand le groupe fait des concerts. Au moment de Warlus songs je n’en faisait plus mais j’ai été très surpris de recevoir un coup de fil 20 ans après de la part d’un label de Sochaux, Sound Symposium me demandant les droits pour mettre “ Warlus song ” en distributions.

[   écoute de “Cooltitude” ]

- R.E: Jouais-tu déjà du "Bottle Neck" comme tu le fais dans le titre “ Cooltitude ” que nous venons d’écouter ?

- R.M: J’adore la slide guitare, le bottle neck, le blues depuis le début. J’étais très branché Jimi Hendrix et David Gilmour pour les solos dans “ Warlus songs “.

- R.E: On va écouter un disque de ton choix, ton maître en "Slide guitar" Ry Cooder, un extrait de la musique du film “Paris Texas”.

- R.E: Alors entre Warlus song et Cooltitude que sait-il passé ?

Pascal (Groupe Walrus) - R.M: Après Warlus song je suis monté à Paris, j’ai fais plein de petits boulots à mi-temps tout en continuent ma vie d’artiste. J’ai formé un autre groupe plus professionnel et carrément Rock qui s’appelait Reflex. J’ai arrêté de chanter. J’ai laissé ma place à Catou, une super chanteuse énergique et suave dont on disait dans la presse rock du moment que c’était la Chrissie Hynde française. Ce fut intense et riche d’expérience. Nous avons joué plein de concerts, gagné plusieurs tremplins, l’avenir était prometteur mais nous nous sommes séparé trop vite. C’est compliqué les groupes tu sais.
Alors très déçu, j’ai crée mon premier Home studio dans un coin de mon appart et j’ai continué à composer tout en montant des groupes éphémères au fil des rencontres. Quelques années plus tard j’ai remis ça avec Catou en duo. On s’appelait “ Cath complice ”, nous jouons avec Zebulon notre fidèle magnéto Revox aux yeux kaléidoscope, (une bande play back pour notre section rythmique).
Cette formule nous a permise de tourner à travers la france et d’acquérir une petite notoriété. Un single “ l’oreiller dévasté ” sorti chez B M G et quelques télés FR3 province.

[ écoute de “Good Night The Day ” ]

-R.E: Pourquoi as-tu voulu devenir ingénieur du son ?

- R.M: J’ai pas vraiment voulu au départ, c’est un pur hasard, j’aimais faire du son à travers nos maquettes et elles sonnaient très bien me disait-on. Mais bon, un jour j’ai eu le déclic lors d’un enregistrement avec Cath Complice au studio Marcadet. J’ai flashé sur l’ingénieur du son et sur le studio. Sans abandonner la musique pour autant, j’ai décidé de me lancer dans le son.
J’ai trouvé une place d’assistant au studio Aston situé dans les frigos du “quai de la gare”. Etant très motivé, j’ai appris très vite. Au bout de quelques mois, ze boss Serge Crouzet m’a fait confiance pour mes premières séances et c’est ainsi que j’ai commencé ma carrière d’ingénieur du son. J’ai fais ce métier pendant 10 ans dans ce sympathique studio 24 pistes qui existe toujours d‘ailleurs.
J’ai enregistré une multitude de groupes et d’artistes un peu dans tous les styles de musiques, j’ai baigné dans un esprit “ World Music ” pendant les années 90. C’était vraiment palpitant mais j’ai arrêté parce qu’à un moment donné, ça devenait très difficile pour moi de faire de la musique en vivant celle des autres. Mon record fut une séance de 22 heures d’affilée.

- R.E:  Sans cet expérience d’ingénieur du son tu n’aurais peut-être pas fait Cooltitude ?

- R.M: Sûrement pas de la même manière en tout cas. Cooltitude c’est un album de solitaire, de "home studiste", j’ai passé 3 ans sur ce projet. Le fait de rencontrer des groupes et des producteurs m’a beaucoup appris. J’ai participé à des réalisations aussi, j’ai travaillé avec FRED 2 FRED et CHET période Polygram, puis en 2001 avec MIRO pour son album Columbia, en fait j’ai adorer goûter à tous les stades de la création.
- R.E: Quels sont les disques que tu écoutes actuellement ?

- R.M: J’écoute BJORK, MOBY, MAMADOU et MARIAM, THE SERVANT, MANU CHAO et mes vieux albums préférés d’HENDRIX ainsi qu’ “ Ambient 4 ” de BRIAN ENNO que j’écoute souvent pour me relaxer.

[ écoute de “ High Altitude ” ]

- R.E:  Très cool, très caressant ce morceau. J’ai lu dans un article sur MAXITUNING que tu étais une valeur montante de la musique de relaxation en France. Est-ce ainsi que tu définis ta musique ?.

- R.M: Merci MAXITUNING... dur la question là !. Non !, je ne fais pas de la musique de relaxation, ma musique est relaxante, certes !. Dans les fnac parisiennes on m’a mis au rayon CHILLOUT c’est ce qui me correspond le mieux. COOLTITUDE, c’est un album concept “ Chill-out-Ambient-Zen ” avec un petit côté TRIP-HOP. Entre Pink Floyd, Björk et Brian Enno; c’est comme çà que je défini mon album et après chacun voit en fonction de ces références. J’aurais flippé si l’on m’avait proposé de placer mon CD dans les bacs RELAXATION ou NEW AGE. Ma musique est lente, mais elle a du rythme, des percus des batteries, alors que dans la RELAXATION ou la NEW AGE y’a que des synthés avec une flûte par exemple.

[ écoute de “ Third Eye Woman ” ]

- R.E:  C’est surprenant qu’un journal comme MAXITUNING t’est demandé de faire un remix de COOLTITUDE spécialement pour leur sampler alors que leurs CD’s sont toujours 100 % Techno.

- R.M: Ah je vois que tu connais le CD, tu lis MAXITUNING ?

- R.E:  Oui, je suis une fan de tunning “ LE MIX COOLCAR POUR PLANER DANS TA CAISSE ” c’est bien toi ?

- R.M: Pour la petite histoire, mon album au départ s’appelait “ Music for Traffic Jam ”, je l’envoyais aux mensuels de tunning régulièrement par conviction mais aussi par défi. Un jour le responsable du sampler, Jeff Vielet m’appelle et me dit qu’il kiffe mon album et accepte ma proposition “ LE MIX COOLCAR ”; il a même ajouté“ POUR PLANER DANS TA CAISSE ” sur le visuel du CD. Merci Jeff. Du coup j’ai fais un édit spécialement pour le journal avec des extraits de l’album car Jeff voulait un seul morceau de 10 minutes façon DJ. Je ne suis pas un fan de tunning, mais j’aime bien ce concept de music cool au volant.
- R.E: Comment ont réagi les lecteurs ?

- R.M: Ils ont bien aimé, à croire qu’il y a pas mal de chauffeurs qui aiment planer dans leur caisse (rires)... Par la suite, je leur ai fait des titres méga planants finalisés par un jungle (NO DRINK, NO SMOKE AU VOLANT ) avec une voix de robot imitant les messages de la prévention routière.

- R.E: (rires)...“ COOLCAR ” t’a-il permis d’avoir des retombées médiatiques ?

- R.M: Oui ! Vraiment un bon coup de pouce pour mon disque. Ce CD de promo m’a permis de convaincre 5 FNAC pour prendre mon album en dépôt-vente. J’en ai fais presser 500 exemplaires, ils l’ont mis en borne d’écoute et j’en ai vendu 150 très rapidement. C’est peu mais bien pour un autoproduit. Actuellement les FNAC n’ont plus mon album en bac, ils l’ont gardé 6 mois quand même. Sans concert et sans promo c’est difficile de vendre un disque comme Cooltitude.

- R.E: C’est quand même cool que les FNAC soient ouvertes aux autoproduits. As-tu trouvé un label ?

- R.M: Je n’ai toujours pas trouvé de label, d’ailleurs je cherche même plus. Je n’ai pas le temps. Je préfère travailler sur des nouveaux projets.

[ écoute de “ Between Stop And Go” ]

- R.E: Il y a eu quand même cette compile, “ Nature & art de vivre ” sur laquelle tu as deux extraits de Cooltitude !

-R.M: Oui bien sûr, “ Surfing with Cathy ” et “ Between stop and go ”. C’est grâce à mon éditeur, David Séchan (encore merci David), qui a beaucoup aimé Cooltitude. Il travaille avec Vox Terrae, un label spécialisé “ Zen music ”, distribué par NATURES & DECOUVERTES.

- R.E: Quels sont tes projets actuellement ?.

-R.M: J’enregistre des nouveaux morceaux pour mon prochain album, je suis dans mon antre, casanier comme un alchimiste. je travaille beaucoup sur mes morceaux. Je suis en train de faire un disque plus léger avec des atmosphères plus éthérées, gonflées à l’hélium (rire)...il y aura un peu de place pour l’humour aussi.

- R.E: J’adore le morceaux avec les oiseaux samplés, mais nous allons écouter un dernier extrait de ton album s’appelle “ only girls go to paradise ” sur lequel on entend des femmes jouir, glousser de plaisir sur un tapis de reggae éthéré.

[ écoute de ”Only Girls go to Paradise ”]

- R.E: Comment t’est venu une idée pareille, je trouve que ce morceau est incroyablement...

- R.M: ...érotique je sais. (rire)

- R.E: C’est toi qui a enregistré ces femmes ?

- R.M: Oui, avec mon micro (rire)...non, quoique j’aurais bien aimé.

- R.E: Alors, d’où ça vient ? C’est la bande son d’un film érotique ?

- R.M: Absolument pas, et ce n’est pas ma compagne non plus comme certain le soupçonne. Jusqu’à maintenant, personne n’a trouvé, je le révélerai peut-être un jour sur mon site car ça en interpelle beaucoup.

- R.E: Et si on faisait un jeu, tu peux donner un indice pour les auditeurs ?

- R.M: C’est un sample d’un album des années 70. Je devrais le proposer à Ardison pour son "blind-test".

- R.E: (rires)... Pourquoi n’y aurait-ils que les filles au paradis ?

- R.M: Parce qu’elles font moins de dégâts, c’est un hommage aux femmes, instrumental et illustratif. C’est un morceau qui est beaucoup joué dans les cafés “lounge” à Paris.

- R.E: Parmi nos auditeurs il y a des musiciens, quels conseils pourrais-tu leur donner ?

- R.M: Achetez mon album sur cooltitude.com, (rires)... C’est difficile de donner des conseils, je ne suis qu’un p‘tit gars qui fait sa musique dans son home studio...

- R.E: Allez Richard c’est la coutume dans cette émission.

- R.M: N’essayez pas de devenir des stars formatées pour la télé. Jouez live, soyez vrais, suivez vos intuitions.